24/04/2024
Worldcoin, le polémique projet crypto de Sam Altman  // Source : Worldcoin

Worldcoin, le projet crypto polémique du père de ChatGPT qui veut scanner vos yeux


Sam Altman, le fondateur d’OpenAI considéré comme le « père » de ChatGPT, ne s’est pas investi que dans l’intelligence artificielle. L’entrepreneur a aussi un projet de crypto-monnaie, Worldcoin, qui soulève de nombreuses questions.

Accepteriez-vous de scanner vos iris en échange de crypto-monnaies ? C’est ce que propose Worldcoin, un « projet de finance et d’identification mondial » cofondé par Sam Altman en 2019. Son nom n’est pas inconnu : Sam Altman est également le co-fondateur d’OpenAI, l’entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle qui a développé ChatGPT.

Jusqu’à présent, l’entrepreneur américain était surtout connu à travers ce chatbot. Mais le Worldcoin fait de plus en plus parler de lui. L’entreprise a récemment annoncé une « tournée mondiale », afin d’enregistrer de nouveaux adhérents, et Sam Altman a réussi à lever 115 millions de dollars le 25 mai 2023 pour le développement du projet. Pourtant, en plus d’être particulièrement ambitieux, Worldcoin fait aussi polémique.

Worldcoin, le polémique projet crypto de Sam Altman // Source : Worldcoin

Qu’est-ce que Worldcoin ?

Sur son site, Worldcoin se présente comme un projet essayant de répondre à une question bien précise : « Et s’il existait une façon de distribuer gratuitement une nouvelle monnaie numérique à toutes les personnes sur Terre ? » Concrètement, Worldcoin a pour but de « créer un accès universel à l’économie mondiale » pour tous les êtres humains, et promet de distribuer, gratuitement, des crypto-monnaies à toutes les personnes inscrites sur WorldApp, son portemonnaie crypto.

Worldcoin promet de faire tout ça, grâce à plusieurs outils. Tout d’abord, grâce à une « World ID », qui doit garantir qu’il n’y a pas de triche, que chaque personne ne s’inscrive bien qu’une seule fois, et qu’il n’y ait pas de bots malveillants. Pour créer cette « World ID », Worldcoin a mis au point un outil spécial : The Orb. Il s’agit d’un « appareil d’imagerie biométrique qui vérifie, de manière privée et sécurisée, l’identité de chaque individu ». Les orbes scannent les données biométriques des participants, afin de « prouver » qu’ils sont bien humains, et qu’ils n’ont pas déjà créé un compte.

The Orb, l'instrument créé par Worldcoin pour scanner les données biométriques des participants // Source : Worldcoin
The Orb, l’instrument créé par Worldcoin pour scanner les données biométriques des participants // Source : Worldcoin

Les orbes scannent les iris des participants avec plusieurs caméras, et grâce à des modèles de machine learning, analysent aussi leurs caractéristiques faciales. Une fois que la machine a déterminé que la personne était bien humaine, et qu’elle n’était pas déjà inscrite, elle crée un « code d’iris », une « représentation numérique des caractéristiques les plus importantes de l’œil ». Chaque code est unique, et personne d’assurer l’identité des participants, indique Worldcoin sur son site.

Afin de s’enregistrer, il faut que les volontaires trouvent un « opérateur d’Orbe », des employés chargés de collecter des données biométriques. Cependant, les machines coûtent cher, et il n’y en a pas partout — et c’est justement pour cela que Worldcoin a annoncé, au début du mois de mai, une « tournée mondiale ». Lors d’évènements, les volontaires pourront se faire scanner les yeux par des employés, ce qui leur permettra d’avoir un World ID. L’entreprise promet qu’elle enverra gratuitement à tous les inscrits des unités de Worldcoin Token, sa propre crypto-monnaie, mais aussi du bitcoin et de l’ethereum.

Quelles sont les polémiques ?

Outre la démesure du projet, plusieurs de ses aspects font polémiques — et, en premier, l’utilisation de données biométriques et des orbes. Les machines, qui donnent un côté assurément dystopique au projet et alimentent les peurs, ne présentent pas de risque, assure cependant Worldcoin. L’entreprise garantit que les données biométriques de ses utilisateurs sont protégées, que leurs identités ne sont pas dévoilées. « Worldcoin ne vend pas les données personnelles de ses utilisateurs, notamment les données biométriques, et ne le fera jamais », assure-t-elle. « Toutes les données sont chiffrées de manière sécurisée. »

Des problèmes de sécurité ont pourtant déjà été recensés. En 2021, quelques mois après le lancement des Orbes et les premières inscriptions, des experts avaient alerté sur les risques que posait Woldcoin. L’entreprise avait procédé l’année d’après à des améliorations, notamment en mettant au point une « zero knowledge proof » pour permettre des transactions anonymes — ce qui n’était pas le cas avant.

Un volontaire se fait scanner le visage par une « Orbe » Worldcoin en France, en 2021 // Source : Worldcoin
Un volontaire se fait scanner le visage par une « Orbe » Worldcoin en France, en 2021 // Source : Worldcoin

Cela ne serait cependant pas suffisant. Le magazine spécialisé Coindesk rapportait le 24 mai 2023 qu’il existait un marché noir des identifiants Worldcoin en Chine, où l’entreprise n’est pas autorisée à exercer et où les crypto-monnaies sont étroitement surveillées. Au début du mois de mai, c’était TechCrunch qui rapportait que des hackers avaient subtilisé les mots de passe d’opérateurs d’orbes. Les malfaiteurs ont eu accès à toutes les informations contenues sur les appareils, et certains identifiants se sont retrouvés en vente sur le marché noir. Selon Worldcoin, qui n’oblige pas ses opérateurs à avoir une authentification à double facteurs, « aucune donnée sensible n’aurait été compromise ».

Enfin, en avril 2022, d’autres problèmes avaient été soulevés par une enquête de Buzzfeed. Les efforts des opérateurs d’orbes se seraient en particulier concentrés sur des « pays africains et asiatiques à bas revenus ». Les employés de Wolrdcoin auraient persuadé les habitants de s’inscrire en leur promettant de l’argent gratuit, en échange de leurs empreintes rétiniennes. L’article révèle aussi que les opérateurs auraient été soumis à une importante pression de la part de l’entreprise, qu’ils auraient été forcés à atteindre des objectifs, et que les problèmes techniques avec les Orbes auraient été récurrents.

Plus d’un million d’inscrits

Malgré tous ces problèmes, Worldcoin continue pour l’instant d’opérer — et de lever des fonds. L’entreprise a également annoncé en janvier 2023 qu’elle comptait plus d’un million d’inscrits, dans des pays comme l’Argentine, le Chili, l’Inde, le Kenya, le Portugal, l’Espagne ou encore l’Ouganda. « Dans des villes comme Nairobi et Lisbonne, où il y a eu plus de 360 000 inscriptions, Worldcoin est devenue l’une des app les plus téléchargées », s’est-elle réjouie.

Des opérateurs d'Obrs au Soudan // Source : Worldcoin
Des opérateurs d’Obrs au Soudan // Source : Worldcoin

Il ne s’agirait que du début du plan de Worldcoin. Pour 2023, l’entreprise prévoit d’augmenter la distribution d’orbes (qui sont fabriquées en Allemagne) et de les donner à de nouveaux opérateurs « autour du monde ». Le Worldcoin Token, la crypto-monnaie de l’entreprise, doit être lancé « au premier semestre 2023 ».

Pour la suite, Worldcoin voit encore plus grand. L’entreprise avait annoncé en 2021 qu’elle avait pour objectif de donner accès à ses services et aux crypto-monnaies à « tout le monde sur Terre ». Il reste beaucoup de chemin à parcourir — mais elle compte déjà 700 000 inscrits de plus qu’en début d’année.


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