30/01/2023
TOUT COMPRENDRE - Qu'est-ce qu'un fork dans les cryptomonnaies?

TOUT COMPRENDRE – Qu’est-ce qu’un fork dans les cryptomonnaies?


Le vote sur l’avenir de la blockchain Terra a mis en lumière le concept de fork. D’où vient ce concept? En quoi consiste-t-il dans l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies?

Le vote sur la proposition de « fork » de la blockchain Terra, par son fondateur Do Kwon, a mis en lumière le concept de fork, c’est à dire une modification des règles de bases sur une blockchain. BFM Crypto fait le point sur ce concept.

• Qu’est-ce qu’un fork?

Un « fork » est un terme anglais qui signifie un embranchement ou encore une division en plusieurs branches.

Pour comprendre ce concept, il faut d’abord comprendre l’origine des forks dans le langage informatique. Il faut notamment revenir à un concept plus large: celui des logiciels informatiques dits en open-source, qui sont publics, et donc vus et modifiables par n’importe qui, à l’instar du logiciel Linux.

Par exemple, si une personne (ou un groupe de personnes) propose de rajouter une fonctionnalité sur un logiciel open-source, et que l’équipe de développeurs derrière ce logiciel accepte cette idée, alors un changement sera opéré. En revanche, si les développeurs refusent l’idée, cette personne (ou un groupe de personne) peut tout à fair créer une nouvelle version de ce logiciel, en copiant le code source existant, en le modifiant et en le publiant: il s’agit ici d’un fork.

« La notion de fork consiste à prendre un projet en open-source, le récupérer, faire des modifications et le poster avec une nouvelle version par rapport à l’originale », explique à BFM Crypto Manuel Valente, directeur de la recherche chez Coinhouse.

Maintenant, ramenons ce concept à l’univers de la blockchain.

Pour rappel, un peu comme un livre numérique, la blockchain (ou chaîne de bloc) regroupe tous les blocs (transactions) d’un réseau, du plus ancien au plus récent. Les deux blockchains les plus connues sont Bitcoin (et sa propre cryptomonnaie bitcoin) et Ethereum (et sa propre cryptomonnaie ether). La majorité des blockchains, dont le Bitcoin et Ethereum, sont des blockchain dites en open-source.

Par exemple, il est tout à fait possible pour n’importe quel utilisateur de récupérer le code source de la blockchain Bitcoin, de faire des modifications et donc d’en proposer un fork. Le site internet Map Of Coins liste ainsi toutes les fois où des blockchain ont subi des forks. Bien que le site ne soit plus actif depuis 2018, il avait recensé plus de 430 modifications pour le bitcoin.

• Qui décide d’un fork sur une blockchain?

L’idée d’un fork émerge en général à la suite d’une discussion globale sur les forums de chaque blockchain, à l’origine d’une mésentente sur une ou plusieurs règles de base d’une blockchain. En effet, chaque blockchain est en effet singulière: elle a sa propre date de création, son histoire, sa communauté. Par exemple les règles de la blockchain Bitcoin sont définies dans le white paper (livre blanc) du bitcoin publié par Satoshi Nakamoto en 2009.

Au sein même de ce que l’on appelle une « communauté » de chaque blockchain, figurent les détenteurs de la cryptomonnaie de chaque blockchain, mais également les membres qui cherchent notamment à sécuriser le réseau: des développeurs, des validateurs (appelés ainsi pour des blockchains avec un système de PoS pour « proof of stake ou « preuvre d’enjeu »), des mineurs (pour des blockchains qui fonctionnent avec un système PoW pour « proof of work » ou « preuve de travail ») ou encore les propriétaires de noeuds de la blockchain, qui possèdent une copie de la blockchain. Par exemple, n’importe qui peut être propriétaire d’un noeud de la blockchain Bitcoin: il suffit d’installer le logiciel open-source bitcoincore et de télécharger la blockchain Bitcoin. Selon Bitcoinodes, il existe à ce jour 15.000 propriétaires de noeuds dits publics de cette blockchain. Puisqu’il existe des noeuds privés, il est à ce jour impossible de connaître le nombre précis de propriétaires de noeuds Bitcoin, certains experts parlant de 25.000 à 100.000 noeuds.

Lorsqu’un membre de la communauté (en général des développeurs) décide de proposer une nouvelle version (modification) de la blockchain (proposition de fork), les propriétaires de noeuds, les mineurs ou les validateurs peuvent l’accepter ou non.

Un fork (dont les méthodes d’acceptation varient d’un fork à un autre en fonction des blockchains) peut exister même avec un pourcentage très faible de validation des membres, il consiste en fait pour les propriétaires de noeuds, mineurs ou validateurs, à migrer vers cette nouvelle blockchain. « La décision d’accepter un fork est dite collective entre les différents membres », souligne Manuel Valente.

• Quels sont les différents types de fork?

Dans la blockchain, il existe différents types de fork: les soft fork et les hard fork, définis de la manière suivante par Jonathan Hercovici, fondateur de la société française StackinSat:

  • On parle de hard fork quand il y a une mise à jour du protocole de la blockchain obligeant tous les utilisateurs à l’accepter s’ils veulent continuer à utiliser cette blockchain. Un hard fork crée alors deux blockchains qui coexistent, et chaque blockchain est régie par son propre protocole.
  • Un soft fork est une mise à jour rétrocompatible, c’est-à-dire que les propriétaires de noeuds (full nodes) et les mineurs sont libres d’appliquer ou non les modifications. Les noeuds et mineurs refusant la mise à jour peuvent quand même participer au réseau. Néanmoins, si la majorité des participants du réseau adopte les modifications, la mise à jour devient effective pour tous les noeuds. Les nœuds qui ne se plient pas au nouveau protocole sont alors exclus.

• Quel est le fork le plus connu de l’histoire?

Dans l’histoire des blockchains, certains forks sont plus connus que d’autres. C’est le cas par exemple du Bitcoin Cash. En 2017, il y eut un débat au sein de la blockchain Bitcoin qui concernait la taille des blocs (un bloc étant créé toutes les 10 minutes), qui a un impact sur le nombre de transactions réalisées.

Chaque bloc original faisait 1 Mégaoctet (Mo), ce n’était pas suffisant pour certains développeurs qui ont demandé à augmenter cette taille à 8 Mo. Deux camps se sont opposés: ceux qui souhaitaient rester sur le le bloc d’origine (1 Mo), ceux qui voulaient augmenter la taille (8 Mo) étant à l’origine de ce fork.

A la suite de cette scission, il y a eu la création de la blockchain Bitcoin Cash avec sa propre cryptomonnaie, le bitcoin cash, où la taille des blocs était plus grande et permettait donc de faire plus de transactions.

« Lors de l’apparition de Bitcoin Cash, l’historique des transactions précédentes à été conservé, toute personnes possédant du bitcoin devenait aussi propriétaire de bitcoin cash. A la suite du fork, toutes les transactions effectuées sur le bitcoin cash n’existent que sur cette nouvelle chaîne et n’existent pas sur la chaîne historique du bitcoin. En quelques sorte, un monde parallèle se crée suivant le fork », souligne Jonathan Hercovici.

De manière générale, à chaque fois que se produit un fork, les détenteurs de cryptomonnaies se retrouvent avec une nouvelle cryptomonnaie en plus.

« Par rapport à tous les forks sur bitcoin, le bitcoin cash est apparu car il y avait une bonne partie de la communauté d’accord pour augmenter la taille des blocs. Le débat a duré un an, et au final 15% des propriétaires de nœuds ont accepté la nouvelle version de la blockchain, ainsi que de nombreux mineurs/validateurs », souligne Manuel Valente.

Face au succès du Bitcoin Cash, on a aussi vu l’apparition de fork dit ‘opportunites’, à l’instar du Bitcoin Gold (2017), du Bitcoin Diamond (2017) ou encore du Bitcoin Private (2018) bien qu’ils soient restés mineurs.

« Concernant Bitcoin, les forks nécessitent une très grande adoption de la communauté afin d’avoir une chance de voir le jour. Cependant plusieurs évolutions qui pourraient être très utiles pour l’avenir du protocole nécessitent de passer par un soft fork. Il est donc probable que de nouveaux soft forks aient lieu durant les prochaines années, mais il est peu probable que le rythme des forks soit très soutenu. Le prochain gros vote de la communauté est celui du BIP 119« , considère Jonathan Hercovici.

Un autre hard fork connu concerne la blockchain Ethereum en 2016, alors qu’elle n’avait qu’une petite année s’existence. Cette année-là, il y a eu un vol de 3,6 millions d’ethers sur la blockchain Ethereum. Ceux qui géraient le protocole Ethereum ont souhaité modifier la blockchain, pour annuler le vol en question. Or, une partie de la communauté considérait qu’ils ne pouvaient pas prendre une décision arbitraire pour annuler une transaction, ce qui a conduit à un fork d’Ethereum: Ethereum Classic.

• Que s’est-il passé pour la blockchain Terra?

La semaine dernière, pour sauver sa blockchain Terra, son patron Do Kwow avait fait part d’une proposition de fork, consistant à créer une nouvelle blockchain. Ce qui a suscité la méfiance de nombreux membres de la communauté Terra, qui considéraient qu’il s’agissait d’un ‘hard fork’.

Ce dernier a supprimé le terme de fork, expliquant que sa proposition consistait seulement en la création d’une nouvelle blockchain.

Dans un tweet, la blockchain Terra avait notamment confirmé le point de vue de Do Kwon: le plan de relance de Terra ne propose pas un « fork », mais bien la création d’une nouvelle blockchain.

« Récemment, quelques membres de la communauté (dont certains de Terraform Labs) ont fait référence à la nouvelle blockchain présentée dans la proposition 1623 comme étant un fork par opposition à une genesis chain », a tweeté Terra. « Le plan de relance ne propose pas un « fork » de la chaîne existante, mais plutôt la création d’une nouvelle chaîne. »

Mercredi, la proposition de Do Kwon a été acceptée par sa communauté à 65%. La blockchain Terra conserve le nom de Terra tandis que l’ancienne blockchain est rebaptisée « Terra Classic ». Les deux blockchains pourront coexister.

Terra sera développée sans le stablecoin algorithmique UST et proposera une quantité limitée de cryptomonnaie luna, d’un milliard d’unités. La proposition prévoit principalement la redistribution de la cryptomonnaie luna aux investisseurs et aux développeurs qui étaient présents avant ou après l’effondrement de luna.

Malgré les dires de Do Kwon, cette création d’une nouvelle blockchain ressemble bel et bien à un hard fork, ce n’est qu’une question de communication.

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