29/01/2023
Les banques rouvrent des agences… dans le métavers

Les banques rouvrent des agences… dans le métavers

Alors que les banques réduisent la voilure sur leur réseau d’agences physiques, elles s’intéressent de près à la proximité qu’elles pourraient développer via les métavers. Décryptage avec notre expert Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor.

Il y a quelques mois, l’annonce par Facebook de sa transition vers le métavers a mis le sujet à la mode. Dans la foulée et comme d’habitude, des prévisions financières faramineuses sont apparues, justifiant l’intérêt que l’on est à même d’accorder aux nouveaux mondes virtuels. Faut-il vraiment citer des chiffres? Les projections de ce genre se révèlent toujours complètement fausses! Disons seulement que, d’ici quelques années, on nous promet de passer de plus en plus de temps un casque vissé devant les yeux, cela représentant une manne financière considérable.

On nous dit beaucoup moins cependant ce que nous pourrons bien faire ainsi. Sauf à consacrer une bonne partie de notre temps à jouer, quelles actions nouvelles pourrons-nous réaliser dans le métavers? Pour ce qui les concerne, un grand nombre de banques se posent aujourd’hui cette question et, dans l’expectative, la plupart suivent l’évolution avec attention et attentisme, n’imaginant pas que rien de décisif puisse réellement survenir dans ce domaine avant au moins cinq à dix ans.

D’autres considèrent que cette attitude ne correspond pas à une bonne approche du phénomène. Pour elles, de nouveaux mondes virtuels sont en train d’apparaitre et il s’agit d’y marquer leur empreinte dès à présent. De planter au moins un drapeau dans les métavers les plus populaires et d’y acquérir des espaces qui, bien situés, vont coûter de plus en plus cher.

C’est assez l’attitude de quelques institutions financières américaines, parmi lesquelles JP Morgan a été la première à ouvrir une implantation, à publier un dossier de cadrage sur le métavers et à définir une stratégie, pour le moment focalisée sur l’accompagnement financier des jeux. D’autres établissements de taille beaucoup modeste, comme Quontic, ont également ouvert des espaces, pour le moment assez vides, dans la mesure où il leur semble encore inenvisageable techniquement d’y proposer des services bancaires. Fidelity a fait de même et, dans l’attente, propose sur Decentraland un parcours éducatif ludique qui… n’a rien de nouveau (Wells Fargo proposait la même chose sur Second Life il y a plus de dix ans).

Une agence Axa dans le métavers

En Asie, les choses vont plus vite et les banques coréennes ouvrent actuellement de véritables agences dans le métavers. Des agences dans lesquelles on envoie son avatar et qui, pour la Kookmin Bank par exemple, complètent simplement son réseau physique.

Pourquoi proposer autre chose, en effet? La question est inévitable et, en Thaïlande, la Siam Commercial Bank, voit les choses tout à fait autrement. Pour elle, le métavers est un espace de rencontres et d’interaction avant tout et au-delà des jeux. Elle entend donc y proposer des espaces de partage et d’échange, notamment pour ses entreprises clientes, ainsi que des animations.

HSBC suit la même ligne de conduite et entend proposer sur The Sandbox des expériences liées notamment aux sports et aux e-sports. Les exemples qui commencent à apparaitre en Europe semblent ainsi assez proches de ce que l’on peut voir en Asie. En France, un agent général Axa a par exemple ouvert sur Gather une agence virtuelle qui reproduit son agence physique.

A ce stade, c’est peut-être la Caixa Bank qui fournit l’exemple le plus suggestif d’une implantation dans le Métavers (Decentraland). Il y a quelques années, la Caixa a lancé sa banque digitale Imagin, centrée sur les jeunes (non forcément clients) et leurs styles de vie. Une plateforme qui intègre, en plus de la banque, de la musique, des jeux, les nouvelles technologies et le développement durable, ainsi que des événements virtuels – ou réels dans un ImaginCafé ouvert à Barcelone. Or celui-ci sera virtuellement transposé en un ImaginLand. Pour son inauguration, un concert de rock réel, y sera retransmis de manière virtuelle.

Un relais de proximité dans le monde virtuel

La Caixa ne se demande donc pas quelles nouvelles fonctionnalités elle devrait proposer sur le métavers. Elle n’aborde pas ce dernier en termes purement technologiques mais comme un ensemble d’univers nouveaux dans lesquels elle doit faire valoir son approche aussi bien et de la même manière que dans le monde réel. La réflexion porte ainsi, beaucoup plus largement, sur le rôle et la place des banques désormais dans l’espace public.

L’orientation vers la banque des usages que développe la Caixa part en effet d’une interrogation sur l’évolution des agences et la baisse de fréquentation qu’elles enregistrent depuis des années, sans que la demande de contacts humains directs ne baisse pourtant au sein de la clientèle. Comment créer désormais, dans le monde réel aussi bien que virtuel, une certaine fréquence de contact? Des relations privilégiées de confiance et d’intérêt? Quels seront les lieux de rencontre, de rassemblement et de partage réels et virtuels demain? Autour de quelles fonctions et de quelles activités se bâtiront-ils: le sport? Le travail? L’accès facilité à de nouveaux centres d’intérêt? Pour la Caixa, les banques doivent simplement s’efforcer de conserver en tous cas leur rôle de relais de proximité réels et désormais virtuels.

Dès lors, si à l’origine, dans les villes, beaucoup d’agences bancaires furent créées autour de la place du marché, il s’agit aujourd’hui de repérer et de contribuer à animer, dans les nouveaux mondes virtuels, les quartiers les plus fréquentés.

Par Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor

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