30/05/2024
La Non Fungible Conference de Lisbonne, l’art avant tout

La Non Fungible Conference de Lisbonne, l’art avant tout



A première vue, le choix d’une enceinte comme le Pavillon Carlos Lopes de Lisbonne pour organiser un événement dédié au NFT peut surprendre : bâti en 1932 sur le modèle d’une bâtisse construite dix ans avant à Rio de Janeiro, le lieu témoigne de la riche histoire de la cité lisboète, avec ses ornements bleus et blancs qui illustrent les batailles d’Ourique (précédant l’indépendance du pays) et d’Aljubarrota contre les Anglais. Bien que réhabilité il y a quelques années, l’édifice ne présente aucune caractéristique moderne. C’est pourtant bien là, en plein coeur du parc Édouard-VII, que des centaines de personnes se sont retrouvées le temps de trois jours à l’occasion de la NFC Lisbon, ou Non Fungible Conference, grande conférence consacrée au concept de NFT (jeton non fongible, donc).

Sur le papier, l’événement ne diffère guère de son homologue français organisé au Grand Palais éphémère, NFT Paris, ou encore de l’américain NFT NYC, en somme des événements portés par des leaders du secteur du Web3, avec une multitude de stands de start-up de la blockchain. Mais il suffit de traverser quelques minutes les différentes salles du Pavillon Carlos Lopes pour constater qu’en réalité, cette “Non Fungible Conference” est indéniablement singulière. Ici, les discussions sur l’état du marché NFT et de la spéculation autour des avatars ne sont plus : l’équipe de la NFC, portée par John Karp (cofondateur de la NFT Factory Paris), Gauthier Zuppinger (cofondateur de Nonfungible.com) et sa présidente Jen Nahmias, a volontairement privilégié le premier cas d’usage de cette technologie : l’art.

Des conférences en public par des artistes… invisibles

Preuve de cette radicalité : les blind talks. En fait, une prise de parole en public, dans une immense salle tapissée d’écrans géants, par des artistes désireux de rester anonymes. Afin de préserver leur identité, ils s’expriment calfeutrés à l’intérieur d’une cabine, dont la lumière dessine simplement leur silhouette. Parmi ces artistes, le renommé Pascal Boyart, pionnier du cryptoart et auteur, entre autres, de La Chapelle Sixtine Underground, véritable fresque revisitant l’œuvre de Michel-Ange et fragmentée en 400 NFT. Dans ce théâtre lisboète, l’artiste raconte, par l’intermédiaire de son avatar projeté sur les écrans géants, à quel point cette technologie NFT a “changé sa vie”. Une façon pour lui de se connecter avec une audience mondiale, sans intermédiaire et désireuse de le soutenir. “En quelques minutes, mes 400 NFT se sont tous vendus. J’étais choqué”, raconte-t-il en évoquant la vente de son œuvre la plus célèbre.

Quelques minutes après ses derniers mots, applaudis par l’assemblée, une autre silhouette le remplace, féminine cette fois et représentante du duo d’artistes Hackatao, également anonyme, et parmi les personnalités à avoir exigé auprès des premières marketplaces NFT en 2018 l’implémentation de royalties pour les artistes. Tout au long de la journée, ces figures emblématiques de l’art numérique se succèdent ainsi, une présence appréciée du public car trop rare.

Mais si le cœur de l’événement se situe au pavillon Carlos Lopes, la Non Fungible est aussi une célébration décentralisée de l’art : à quelques pas, plusieurs rendez-vous se déroulent dans une belle maison surplombant l’étang du parc, la “Villa des artistes”. Lieu choisi par La Monnaie de Paris pour présenter son projet d’exposition d’œuvres NFT, évolutives, de l’artiste Robert Alice. Une exposition ouverte au public dès le 29 juin et initiée par la société française La Collection, spécialisée dans la conservation d’œuvres traditionnelles en NFT. Pour la Monnaie de Paris, c’est une première et cette volonté d’adresser une technologie blockchain, créée pour bouleverser les fondements monétaires, n’est pas anodine de la part d’une institution créée en… 864.

Un peu plus tard, c’est au tour de la banque privée suisse Arab Bank d’occuper cette même scène pour présenter le premier prix international de l’art NFT. Une grande institution financière de plus intéressée par le NFT. Pour cette première, le choix du jury s’est porté sur l’oeuvre Glitch Intaleqi de Marjan Moghaddam, artiste iranienne renommée pour son travail de la 3D et son engagement féministe. Une fois de plus, la récompense était ici presque accessoire tant l’ensemble des artistes en compétition – Abdoulaye Barry, le trio Code22 (Emilie-Alice Fabrizi, Antoine Sarraute et Sha22), Frédérik De Wilde, Rizacan Kumas, Popeye Pazuru, Fiona Aboud, Bard Ionson, Giulo Aprin, Lous-Paul Caron – témoignaient surtout leur joie d’être reconnus pour leur art.

Dans l’après-midi, un autre artiste confiait sa gratitude pour les possibilités offertes par la technologie : Tyler Hobbs. Figure de l’art génératif, cet Américain basé à Austin s’appuie sur des programmes informatiques et algorithmes pour créer. Grâce au droit de propriété et la désintermédiation permis par la blockchain, l’artiste dispose d’une liberté totale. “J’ai vendu la plupart de mes œuvres moi-même ; je n’ai pas de représentation, le Web3 me permet d’être plus indépendant que je ne l’aurais été il y a dix ans”, souligne-t-il. Quelques heures avant ses mots, l’une de ses créations Fidenza #545 s’est vendue 1,17 million de dollars. Une somme qui aurait de quoi faire tourner la tête. Pourtant, lui répond aux questions de l’audience, le plus sereinement possible.

Un apaisement très proche de l’atmosphère de cette conférence, un événement que le grand public ne fréquentera peut-être pas mais qui permet aux passionnés d’art et aux artistes de se rencontrer. Des artistes souvent méconnus mais pourtant prisés, parfois même par les musées et galeries, comme Tyler Hobbs justement ou Claire Silver. In fine, le choix d’un monument historique comme le Pavillon Carlos Lopes pour installer cet événement n’est plus surprenant : il contribue à inscrire le NFT dans l’histoire de l’art à part entière.





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